Le Bruit du bonheur

« Dire les choses, il parait qu’il faut dire les choses. C’est ce que j’entends souvent au poste. Il faut dire les choses. Même ce qui est anodin, sans importance, sans intérêt. Dire les choses avant qu’elles ne me brûlent ou qu’elles ne me tuent… »
Le bruit du bonheur – extrait

Une femme.
Une femme assise, seule sur scène.
Elle parle.
Elle raconte son enfance, ses parents, son travail, ses amies, sa ville.
Elle parle et se raconte pour la première fois.
Elle se doit de parler, elle est là pour ça.
Des mots simples et troublants.
Mais qui est-elle pour se raconter,
Comme ça,
Devant tout le monde ?
Sans éclats, sans violence.
Avec simplicité, avec sincérité.
De quel droit ? Elle n’est pourtant pas plus intéressante qu’une autre.
Elle hésite.
Elle parle.
Les mots lui échappent.
Seule, assise sur une chaise, elle nous parle et se raccroche à… Rien.
Elle glisse.
Assise, seule, elle reste.
Là.
Tout a été dit.


Après L’Anniversaire et D’abord ils nous regardent, Le Bruit du bonheur nous invite à découvrir une femme dans ses relations professionnelles, familières, singulières et intimes… dans sa vie ordinaire de femme battue.


Équipe de création

Auteur Claude Monteil

Mise en scène Samuel Bousard

Avec Marthe Martins

Création sonore Étienne Gaudrain


À propos

Une femme. Une femme assise, seule sur scène. Elle parle. Elle se raconte : son enfance d’abord, avec sa mère qui l’élevait seule parce que son père était déjà marié et avait déjà deux enfants, son travail aux impôts, les collègues de bureau, sa rencontre avec son futur mari, son mariage… et puis les coups, tous les vendredis au retour de son mari. Prisonnière de la honte et du regard des autres, elle n’a jamais dit les choses. C’est la première fois. Elle n’en a pas parlé parce que ça ne se fait pas, parce que quand même… Elle a fermé les yeux.
L’histoire se déroule dans les années 70, parce que c’est plus simple, plus loin. C’est une histoire qui date… Pourtant, on reconnaît des choses que l’on a vues, entendues, vécues.


Extrait

« Nous partions tous les étés à l’île de Ré. Quinze jours. Au camping du bois au pin. Je me souviens de ces jours où mon père venait nous rejoindre. Où il venait rejoindre ma mère en vacances. Il passait lui aussi tous ses étés sur l’île de Ré, avec sa femme et ses deux fils. Ma mère, elle, elle avait l’âge d’avoir le choix. Et encore maintenant, je trouve quand même que c’est un drôle de choix. Pas pour les vacances, parce que l’île de Ré, c’est vraiment bien pour les vacances, non, un drôle de choix pour la vie. Ça peut être grisant au début. De vivre dans la clandestinité. Mais à force. Elle l’a connu, elle avait dix-neuf ans, elle m’a eue à vingt-deux ans, il est mort j’avais neuf ans. Elle a vécu quoi, douze ans dans la clandestinité et presque bientôt vingt-trois dans le souvenir. Le soir pour le souper, elle mettait son couvert tous les soirs au cas où. Les jours où il ne venait pas, elle débarrassait et rangeait son assiette, ses couverts, son verre, la bouteille de vin, et puis elle repliait sa serviette qu’elle remettait dans sa pochette puis dans le tiroir du buffet, à sa place. On se mettait alors à table toutes les deux et puis plus rien. »
Le Bruit du bonheur – Extrait de la première version du texte, trop longue pour être jouée en intégralité sur scène.